Vous êtes également « basé » au Musée L’Herminier ? Pourquoi cet endroit ? Il semblerait que cet endroit soit une grande source d’inspiration ?
Nous occupons le Musée L'Herminier, au plein coeur de Pointe-à-Pitre, depuis juin 2009.
Nous y sommes rentrés pour mettre en évidence les énormes carences guadeloupéennes concernant les Arts visuels : pas de Fond Régional d'Art Contemporain, pas d'espace de création, pas d'espace de monstration, pas d'espace de conservation, pas de réseau de diffusion - et ce en dépit de la grande richesse de la création guadeloupéenne contemporaine.
Cette occupation a été la première action de l'association Awtis 4 chimen. Nous sommes entrés en Résistance.
Cet ancien musée était laissé à l'abandon (aux prostituées et aux dealers aussi) depuis plus de 15 ans. C'était pour nous un symbôle fort de prendre possession de ce lieu et d'y organiser une exposition. Mais quel travail après avoir coupé les chaînes et changé les serrures, et pas seulement en déblayage-nettoyage-peinture-réfection-aménagement-gardiennage-présence-accueil !
Nous voulons préserver l'usage de cet outil de travail et de création en obtenant une autorisation d'y séjourner provisoirement, et travaillons ardemment dans ce sens, soutenus par le grand public, les amateurs d'art et la grande majorité des institutions de Guadeloupe. Cette initiative civile, citoyenne et artistique est saluée de toutes parts, y compris par le ministre de la Culture que nous avons rencontré lors de sa récente visite.
Le skwat du musée L'Herminier, un bâtiment magnifique de 1871, est situé face au Lycée Carnot, dans le centre historique de La Pwent, entre le musée Schoelcher, le marché aux épices, le Palais de Justice et le débarcadère des croisières. Mais plus encore que son emplacement idéal au coeur de la Ville, plus que l'absolue évidence de la vocation culturelle de ce lieu, plus que la dimension patrimoniale du travail que nous y avons effectué, c'est la force et la portée du travail collectif accompli qui est source d'inspiration, le fait que cela soit possible.
Nous pouvons prendre en main notre avenir. Et l'occupation du musée n'est pas le seul moyen.
Comment ont réagi le public et les artistes ?
Pour le musée, le public a été surpris, et ravi ! Tous les jours, des passants, des voisins, des curieux, nous disent leur joie de voir ce musée réouvert et nous manifestent leur soutien. Les commerçants alentour sont très contents. L'office de tourisme nous envoie les visiteurs !
Quant aux artistes, ceux qui n'ont pas eu la volonté du travail collectif sont bien obligés de reconnaitre que cela a changé le paysage artistique guadeloupéen, pour eux et le public. Les autres sont enthousiastes, et l'association est ouverte à tous, fédérons-nous, prenons ensemble les décisions qui nous concernent plutôt que d'en laisser le choix à d'autres.
Et pour la PooL Art Fair ?
Pour la PooL Art Fair Guadeloupe, le public, venu très nombreux au vernissage, et un peu moins par la suite, s'est félicité de la qualité et de la proximité des exposants, de la convivialité et des échanges que cette forme d'évènement artistique induit.
Le volume des ventes de cette première édition, et surtout là encore les échanges et les rencontres réalisés, et les projets qui en découlent, ont permis aux artistes de dresser un bilan positif de ce 1er Salon, même si nous souhaitons bien sur améliorer les conditions d'exposition pour les futurs PooL Art Fair Guadeloupe.
Que dire de l’art contemporain en Guadeloupe ?
Foisonnant ! Luxuriant ! Multiplié ! Ravagé ! Cycloné ! Enraciné ! Déraciné ! Une économie de djobeurs pour la production du tout-monde !
L'art contemporain en Guadeloupe est riche et pauvre de ses caractéristiques : une explosion de cultures, d'histoires, de couleurs pour un péyi dense et petit, c'est le big-bang confiné !
Aucun espace n'a été conçu ou aménagé pour l'Art contemporain en Guadeloupe (comme par exemple la Fondation Clément en Martinique) : il n'y a pas de lieu proposant des conditions d'exposition correctes (volume, lumière, technique), pour accueillir au mieux les oeuvres. Il faut faire avec, tant bien que mal, et cela nuit bien sur à la perception des oeuvres, à leur diffusion, mais aussi aux artistes en terme de compétence scénographique.
S'exporter ou ne pas en vivre, à de très rares exceptions. Et s'extirper n'est pas simple, les contraintes géographiques sont importantes.
Cette réalité conduit les artistes à devenir des entrepreneurs culturels, organisateurs d'évènements culturels : tu veux exposer, travailler, alors monte ta structure, ton évènement...
Et vous, en tant qu'artiste plasticien, quelle est votre actualité, et quels sont vos projets ?
Awtis 4 chimen prépare sa 2ème exposition collective au musée L'Herminier pour octobre-novembre 2010, sur le thème "4 chimen".
Elle devrait nous permettre d'affirmer notre positionnement esthétique, pour un Art contemporain caribéen authentique et riche de toutes ses composantes !
Pour ma part, je prépare ma 1ere exposition personnelle, "LE FER ET LA PEAU, portraits de la société antillaise et question identitaire", qui sera présentée début 2011 par les scènes nationales de Guadeloupe et Martinique, et pour laquelle je recherche activement d'autres destinations. www.francoispiquet.com
Publication : 14 juillet 2010
Interview : Mona Georgelin, pour Mamanthé