L'oralité a une grande importance dans la culture créole.
Dans "Eloge de la créolité" (1989), Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant affirment que "l'oralité est notre intelligence, elle est notre lecture de ce monde".
On la trouve sous plusieurs formes : Contes, proverbes, devinettes, comptines, berceuses. Les traditions orales ont été développées aux Antilles par les esclaves d'Afrique, où elles jouent un rôle essentiel.
Les proverbes :
il existe depuis toujours dans les sociétés africaines le rituel de la "palabre", au cours duquel les proverbes interviennent pour relancer un débat, détendre l'atmosphère, amener l'assemblée à la réflexion ou résoudre un problème. Il existe même des proverbes sur les proverbes, comme
"Le proverbe est
l'esprit d'un seul
et la sagesse de tous".
Arrivés dans les colonies, malgrè le changement brutal de cadre et de mode de vie, les esclaves ont su maintenir cette tradition orale. Mais si certains proverbes ont simplement été traduits des langues africaines aux langues créoles, beaucoup sont nés dans le contexte social de l'esclavage.
Les devinettes :
Appelées "titim" aux Antilles ou "sirandanes" dans l'Océan indien, elles utilisent un langage imagé qu'il faut réussir à décoder. Elles étaient autrefois utilisées au cours des veillées mortuaires, ou pour les enfants dans un but ludique et pédagogique.
Les contes :
Lorsqu'à la tombée
de la nuit, le maître laissait les esclaves se réunir,
le conteur les sollicitait par un : "Yééé-Krik
?" ... et l'assemblée lui répondait pour
lui assurer son attention : "Yéé-Krak !".
Le conte pouvait alors commencer.
Le conteur met en scène des personnages et des animaux qui parodient des
personnages humains en rapport avec la société esclavagiste. De même que dans les proverbes, on y retrouve des origines africaines, notamment dans des personnages comme l'éléphant ou le tigre.
Le conte céole était pour les esclaves une distraction mais aussi un exutoire, un moyen de résistance à l'oppression, une manière de s'exprimer, comme la musique et la danse.
Les contes étaient transmis aux enfants par les mères et le grands-mères, et animaient les veillées et certains événements particuliers : lors des veillées funèbres, le conteur était présent pour évoquer le défunt et tenir l'assemblée éveillée avec des contes et des devinettes. Si cette pratique a longtemps vécu aux Antilles, a aujourd'hui disparu..
Il existe néanmoins de nombreux ouvrages dans lesquels les contes ont été compilés.
L'écrivain irlandais Patrick Lafcadio Hearn (1850-1904), passionné par la culture créole, avait déjà publié en 1885, alors qu'il vivait en Louisiane, un dictionnaire des proverbes créoles louisianais, haïtiens, martiniquais, trinidadiens, guyanais et mauriciens (Gombo Zhèbes). Installé quelques années plus tard en Martinique, il avait transcrit des contes dans un recueil (trois fois bel conte), publié en 1932 à titre posthum.
La cubaine Lydia Cabrera (1899-1991), a fait un gros travail de compilation sur les contes afro-cubain, leur permettant de ne pas sombrer dans l'oubli. Son premier livre de contes (contes nègres de Cuba), est paru aux Editions Gallimard en 1936.
Aujourd'hui la tradition orale aux Antilles est toujours véhiculée grâce aux artistes qui disent les contes mais qui en écrivent également de nouveaux, soucieux de les faire évoluer.
Jala, conteuse, marionnettiste martiniquaise,
a créé en 1994 les Editions Lafontaine, consacrées
à la littérature antillaise. Elle nous fait
découvrir l'univers du conte antillais.
Patrick Cheval, musicien, conteur, metteur en scène
guadeloupéen, est sur scène le Conteur Soleil.
Igo Drané, conteur et musicien martiniquais, véhicule la tradition orale antillaise.
Mimi Barthélémy puise dans la tradition orale haïtienne pour créer des spectacles où elle travaille contes, musique et jeu scénique.
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