La littérature de la Caraïbe francophone

L’oralité
Proverbes, devinettes, contes, comptines, … depuis le 16ème siècle, les traditions orales puisées dans la culture africaine ont été véhiculées par les esclaves. Elles se sont métissées au contact du contexte des colonies et des différents apports culturels.
Alors que la télévision a remplacé les veillées, les traditions orales se sont perdues dans un cadre familial. Elles ont été transcrites dans un souci de mémoire par les écrivains, qui ont permis leur sauvegarde, sans toutefois pouvoir restituer les nuances apportées par les conteurs. L’oralité est alors devenue « littérature orale », et pour échapper à cette contradiction le docteur haïtien Ernst Mirville a proposé le terme « oraliture » dans les années 1970.
La littérature créole y trouvera son inspiration.
Plus d’infos sur Les traditions orales aux Antilles

Quelques textes écrits en créoles par les Blancs sont apparu relativement tôt sous la forme de chansons ou de poèmes. En 1754, «Lisette quitté la plaine» est le premier texte écrit en langue créole, par le Blanc créole de Saint–Domingue Duvivier de la Mahautière. Mais ils étaient alors marginaux et le français est longtemps resté la langue de référence dans la littérature de la Caraïbe francophone.
Il faudra attendre 1885 pour voir le premier roman écrit en langue créole (« Atipa », écrit par le guyanais Alfred PAREPOU).

La littérature d’Haïti après l’indépendance
En Haïti, l’indépendance acquise en 1804 a été accompagnée d’une production littéraire importante en langue française. En 1827 apparaît la première revue littéraire, « l’Abeille Haytienne ».

Le romantisme
Les auteurs, principalement des mulâtres issus de l’élite sociale, s’inspirent des courants littéraires venus de France. Ainsi le romantisme est très présent dans la littérature haïtienne dès 1936, avec des poètes comme Ignace Nau et Coriolan Ardoin. Toujours dans l’école romantique, le premier grand roman haïtien, « Stella » d’Emeric Bergeaud, est publié en 1859 et a pour thème le combat de deux fils d’esclaves pour l’indépendance d’Haïti.

La Ronde
A partir de 1884, des intellectuels dont certains sont issus de milieux pauvres prônent l’égalité des races et la souveraineté de l’état haïtien. C’est le cas de Louis-Joseph Janvier (Haïti aux Haïtiens, essai 1884, Anténor Firmin (De l’égalité des races humaines, essai 1885), Hannibal Price (De la réhabilitation de la race Noire par la République d’Haïti, essai 1889) et des poètes Massillon Coicou et Oswald Durand.
La revue littéraire « La Ronde » parue en 1898 et dirigée par Pétion Gérôme, revendique une littérature nationale. De nombreux essais, romans et poèmes sont écrits (Etzer Vilaire, Damoclès Vieux, Emile Roumer..). De même que les valeurs culturelles françaises, la langue française reste toujours la langue de référence .
L’occupation d’Haïti par les Etats-Unis entre 1915 et 1930 vient ébranler la société haïtienne qui cherche à s’identifier et à lutter contre l’oppression culturelle blanche.

L’indigénisme
En 1927, Normil Sylvain, Emile Roumer et Jacques Roumain fondent la Revue Indigène qui préconise un retour aux sources d’Afrique.
En 1928, le docteur Price-Mars dans son essai « Ainsi parla l’Oncle », s’appuie sur l’importance de l’héritage africain et revendique les moeurs qui en ont découlé (folklore, religion, langue créole…) et qui ont été conservées dans les campagnes. C’est à cette époque qu’apparait le roman paysan haïtien, dont l’oeuvre majeure est le roman « Gouverneurs de la Rosée » de Jacques Roumain, publié à titre posthume en 1944.
En 1938 paraît la revue Les Griots, dont la préocupation, sous couvert de la défense de la race Noire, est beaucoup plus politique. François Duvalier, qui a collaboré à la revue, s’appuiera plus tard sur cette idéologie pour rester au pouvoir.
L’inffluence de l’indigénisme restera cependant présente dans la littérature haïtienne jusqu’en 1975, date à laquelle Francketienne, écrit « Dézafi », le premier roman en langue haïtienne.

La Négritude
Depuis le début des années 1920, les ressortissants des collectivités Noires d’Afrique, d’Amérique et de la Caraïbe se côtoient à Paris et oeuvrent pour l’émancipation des Noirs en France et dans les colonies. Beaucoup, comme Paulette Nardal, René Maran ou le docteur haïtien Leo Sajous, revendiquent l’enrichissement culturel comme moyen d’émancipation. Ils collaborent en 1931 à « La Revue du Monde Noir », qui veut « étudier et faire connaître tout ce qui concerne la civilisation nègre et les richesses naturelles de l’Afrique… Créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de se mieux connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur Race… ».
La rencontre d’Aimé CESAIRE avec le guyanais Léon Gontran-Damas et le sénégalais Léopold Sédar Senghor est à l’origine du mouvement de la Négritude, basée sur la revendication de l’identité noire et de la culture africaine. Aimé Césaire écrit en 1934 dans la revue « l’étudiant noir » : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture.  » (citation).
Il écrit sa première oeuvre sur la Négritude en 1939 : « Cahier d’un retour au pays natal ». La revue Présence Africaine, fondée en 1947 par Alioune Diop, l’édite en 1956. C’est aussi cette année qu’Alioune Diop organise à Paris Sorbonne le premier congrès des écrivains et artistes noirs, où sont présents des représentants de l’Afrique, de l’Amérique, de la Caraïbe et de l’Océan Indien, avec entre autre Aimé Césaire, Docteur Price-Mars, Léopold Sédar Senghor, Frantz Fanon, René Depestre, Edouard Glissant, Cheikh Anta Diop…

L’Antillanité
C’est le courant fondé par Edouard GLISSANT à la fin des années 60, qui est en quête de l’identité antillaise à travers l’héritage du brassage culturel résultant du métissage africain, européen et indien.
Edouard GLISSANT obtient le prix Renaudot pour son roman « la Lézarde » en 1958.

La Créolité
Ce terme a été utilisé pour la première en fois par le linguiste guadeloupéen Hector Poullet, qui sous-titre le journal Mouchach « bulletin de la Créolité » en 1978. La créolité est un mouvement qui englobe toute forme d’art ou de pensée lui appartenant. Son concept a été défini par Raphaël CONFIANT, Patrick CHAMOISEAU et Jean BERNABE dans « éloge de la Créolité », paru en 1989 aux éditions Gallimard. Ils y définissent la Créolité comme « l’agrégat interactionnel ou transactionnel, des éléments culturels caraïbes, européens, africains, asiatiques et levantins, que le joug de l’Histoire a réunis sur le même sol » (citation).

La créolisation
« Au sein des analyses de Glissant, l’idée de créolisation vise tout autant le processus de formation des sociétés créoles en tant que telles, que celui d’un devenir pressenti des cultures du monde, résultant de leur mise en relation active et accélérée… » www.edouardglissant.fr

Poésie
De même que le roman, la poésie de la Caraïbe est très imprégnée de sa culture et de ses traditions, mais aussi de ses racines, comme la poésie d’Aimé Césaire qui est pour lui « la plongée dans la vérité de l’être ».
Dans les années 70, les textes en langue créole se sont dé-marginalisés et la poésie créole s’est démarquée de la poésie francophone.
Sony Rupaire, Joby Bernabé, Raphaël Confiant, Térèz Léotin, Monchoachi, Max Rippon, Franketienne… lui ont donné ses lettres de noblesse.

Le slam
Apparu aux Etats-Unis dans les années 80, il est aujourd’hui très présent dans les sociétés créoles.
Basé sur le principe de joutes oratoires, il permet de faire passer des messages forts sur les problématiques sociales ou politiques, tout en privilégiant créativité et liberté d’expression.

Sites web
Le site « Ile en Ile » et son indispensable base de données sur les auteurs de la Caraïbe : www.ile-en-ile.org
Le site de Caraïbeditions : www.caraibeditions.fr
Le site des éditions Jasor : www.editionsjasor.com