Révolutions

Sous le règne de Louis XVI (1774 – 1792)
L’indépendance des colonies d’Amérique du Nord
Suite aux conflits qui opposent l’Angleterre à ses 13 colonies d’Amérique du Nord, la guerre d’indépendance commence en 1775, soutenue par la France. La Martinique sert de base de départ pour l’aide militaire française, et les colons rebelles de la Nouvelle-Angleterre viennent s’approvisionner à Saint-Pierre. Les îles anglaises souffrent de la perte du commerce avec l’amérique continentale au profit des îles françaises. La Jamaïque connaît la disette et des milliers d’esclaves meurent de faim.
Les liens commerciaux que noue Cuba avec les Etats d’Amérique du Nord marquent un tournant dans l’histoire de l’île : c’est le début d’une dépendance économique à une puissance qui ne cessera de s’intéresser à Cuba.
La France cède l’île de Saint-Barthélémy au roi de Suède en 1784, qui en fait un port franc.
L’Angleterre reconnaît lors de la signature du traité de Versailles en 1783 l’indépendance de ses 13 anciennes colonies. La constitution américaine est adoptée, et George Washington, riche planteur de Virginie qui s’est distingué pendant les guerres de 7 ans et d’indépendance, est nommé premier président des Etats-Unis d’Amérique en 1789.

La révolution française
En Angleterre, la monarchie existe toujours, mais elle est parlementaire, donc son pouvoir est limité. En France le pouvoir repose toujours sur la monarchie absolue de droit divin. Les gaspillages de la reine et les maladresses de la cour provoquent une crise financière et sociale. Les paysans et les bourgeois contestent les privilèges de l’aristocratie. Les idées nouvelles propagées par les philosophes des Lumières depuis la glorieuse révolution anglaise de 1688 ont atteint la France. Des associations politiques voient le jour, comme le club des Jacobins, qui défend la constitution. La Société des Amis des Noirs, qui oeuvre dans un premier temps pour l’abolition de la traite est créée en 1788 à l’initiative de Jacques Pierre Brissot du club des Jacobins. Elle compte parmi ses membres le prêtre Henri Grégoire, ardent défenseur des pauvres et des opprimés, qui plaide pour l’égalité entre les hommes.
Les paysans, affamés, refusent de payer les droits féodaux, le peuple de Paris se révolte et les évévements de 1789 s’enchaînent : proclamation de l’Assemblée constituante, prise de la Bastille…
Du côté des colons l’inquiétude est vive : ils se réunissent à l’hôtel Massiac de Paris en Août 1789 et fondent la Société Correspondante des Colons (plus connue sous le nom de club Massiac) afin d’empêcher l’assemblée de nuire à leurs intérêts.
Les privilèges et les droits féodaux sont abolis, et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est adoptée le 26 août 1789 et proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »…
Aux Antilles, même si les enjeux ne sont pas les même qu’en France, des insurrections éclatent. Les esclaves, bien plus nombreux que les blancs (à Saint-Domingue on compte 1 blanc pour 12 esclaves) fomentent des révoltes.
Les libres de couleurs réclament l’égalité politique avec les blancs. Julien Raimond, riche quarteron de Saint-Domingue, adhère à la Société des Amis des Noirs afin de défendre leur cause.
Les premières réunions d’esclaves ont lieu dès 1789 à Saint-Pierre en Martinique. Libres de couleurs et petits-bancs s’affrontent, ces derniers refusant l’égalité politique. En Juin 1790 des libres de couleurs abordant la cocarde tricolore sont massacrés à Saint-Pierre. Les planteurs cherchent l’appui des mulâtres dans leur combat pour le maintien de la monarchie. Puis se sont les petits-blancs (patriotes) et les planteurs (royalistes) qui s’affrontent en septembre 1790 : les planteurs ont le dessus et reprennent le contrôle.
A Saint-Domingue les révoltes d’esclaves débutent en 1790. Dans la nuit du 22 au 23 Août 1791a lieu une cérémonie dans la forêt de Bois Caïman dans la plaine du Nord, au cours de laquelle les esclaves jurent de libérer Saint-Domingue, même au prix de leur vie. Une violente insurrection éclate. Les esclaves, menés par Dutty Boukman et Georges Biassou, tuent des colons et incendient des habitations.

Sous la première république (1792 – 1799)
Les libres de couleurs obtiennent la citoyenneté le 4 avril 1792. Des commissions civiles sont envoyées dans les colonies pour y faire appliquer le décret.
La convention nationale est instaurée et la monarchie fait place à la république en Septembre 1792.
En Guadeloupe le planteur Jacques Coquille Dugommier, qui a défendu la Martinique et la Guadeloupe contre les anglais pendant la guerre de sept ans, est un patriote. Il est venu en aide aux révolutionnaires de Saint-Pierre en Martinique pendant les émeutes de 1790, et participe activement à la révolution Guadeloupéenne avant de revenir en France en 1792. Les camps de révolutionnaires et de royalistes s’affrontent, lorsque se répend une rumeur selon laquelle Louis XVI est revenu au pouvoir : les royalistes reprennent le dessus jusqu’à l’arrivée du commissaire de la république, le général Lacrosse, en décembre 1792.
En Martinique, on envoie Le maréchal de Rochambeau, qui s’est distingué pendant la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Mais le gouverneur (comte de Béhague) et les planteurs royalistes refusant de le laisser débarquer il doit rejoindre Saint-Domingue. Après l’intervention de Lacrosse en Janvier 1793, il revient en Martinique où il succède à Béhague, et parvient à rallier les libres de couleur et des esclaves à la république en les enrôlant dans l’armée française. Ils se battra contre les anglais lorsqu’ils attaqueront la Martinique en 1794.
A Saint-Domingue, les rapports entre colons et esclaves se sont aggravés. Trois commissaires civils de la République, parmi lesquels Léger-Félicité Sonthonax (membre de la Société des Amis des Noirs) et Etienne Polverel, arrivent sur l’île en Septembre 1792 avec des milliers d’hommes de la garde nationale. Après avoir annoncé le nouveau décret, Santhonax déclare cependant l’esclavage « nécessaire à la culture et à la prospérité des colonies ».

En France, Le roi est exécuté en janvier 1793. Les ennemis de la république subissent la terreur et l’on assiste à des exécutions de royalistes.
Inquiètes de l’ampleur des événements, les puissances européennes forment une première coalition contre la France révolutionnaire : Hollande, Angleterre, Autriche, Espagne tentent d’envahir la France et ses colonies.
Les anglais occupent Saint-Domingue. Santhonax essaie de rallier les esclaves à la cause de la République, mais l’armée espagnole les soutient, leur fournissant des armes et des grades. C’est le cas de Toussaint Bréda, aide de camps du général Biassou. Il s’est distingué par sa bravoure à ouvrir les lignes ennemies, ce qui lui a vallu l’appellation de Toussaint Louverture. Il a été nommé Lieutenant général dans l’armée espagnole. Beaucoup d’esclaves ont rejoint la partie espagnole de l’île. Les colons eux sont du côté des anglais. En Juin 1793 la ville du Cap est le centre de violents affrontements entre esclaves, libres de couleur et blancs. Beaucoup de colons s’enfuient vers la Louisiane et vers Cuba. Au pied du mur, Santhonax prend sur lui de libérer les esclaves de la province du Nord en août 1793, et Polverel fait de même pour les provinces du Sud et de l’Ouest quelques semaines plus tard.
Au même moment Toussaint Louverture prend le commandement des esclaves en les appelant au combat depuis la partie espagnole de l’île.
Un mulâtre, un esclave affranchi et un député blanc de Saint-Domingue sont chargés de se rendre à Paris pour faire ratifier la décision de Santhonax.
En Martinique, on assiste à une insurrection des planteurs qui tentent vainement de renverser Rochambeau. Les biens des planteurs sont mis sous séquestre, la terreur est instaurée. Certains planteurs s’enfuient avec leurs biens à Trinidad, recherchant le soutien des anglais.
La convention nationale vote l’abolition de l’esclavage le 4 Février 1794.
Les anglais, voulant tirer profit des événements, débarquent en Martinique, en Guadeloupe, à Sainte-Lucie et à Tobago (occupée par la France depuis 1781) en avril 1794 et y ré-installent le régime de la monarchie. Ils sont soutenus par les planteurs qui voient l’occasion d’empêcher l’affranchissement des esclaves.
Le commissaire de la République Victor Hugues arrive en Guadeloupe, chargé par la convention de faire appliquer le décret. Il y installe un tribunal révolutionnaire et une guillotine. Le régime de la terreur est instauré. Les forces anglaises capitulent en décembre 1794 et quittent la Guadeloupe. Victor Hugues les chasse également de Sainte-Lucie, mais ne parvient pas à reconquérir la Martinique qui restera anglaise jusqu’en 1802.
L’année 1795 est marquée par plusieurs révoltes : en Jamaïque, les marrons se soulèvent en Juillet, entraînant avec eux les esclaves. Ils remportent plusieurs victoires sur les forces britanniques avant de se réfugier dans les camps de marrons. Mais la centaine de chiens dressés pour la chasse aux marrons que les anglais font venir de Cuba avec des chasseurs espagnols vient à bout de la révolte. A Cuba, le mulâtre libre Nicolas Morales mène une conspiration : les libres de couleur réclament l’égalité avec les blancs, ainsi que l’abolition des taxes. La notion d’indépendance est évoquée pour la première fois dans cette île qui est restée espagnole depuis le début de sa colonisation. Un soulèvement éclate, mais il est vite stoppé par les autorités espagnoles qui capturent Morales et le font exécuter. C’est aussi en 1795 que la France conquiert la partie orientale d’Hispaniola par le traité de Bâle signé avec l’Espagne. Seules quelques troupes françaises s’installent à Santo Domingo, trop occupées par les désordres de la partie occidentale. Toussaint Louverture, rallié au gouvernement français depuis mai 1794, est nommé lieutenant général de la colonie, puis général de division en 1796, pour devenir en 1797 commandant en chef de la colonie de Saint-Domingue. Il libère ensuite les dernières places occupées par les anglais, et renvoie en métrople les représentants de la république. Il est alors le seul maître de l’île, même si dans la partie orientale quelques troupes françaises réussissent à se maintenir. Il ouvre le commerce avec l’Angleterre et les Etats-Unis en 1799. En Janvier 1801 il prend possession de la partie orientale et y abolit l’esclavage. En Mai 1801, il fait voter une constitution qui lui donne le titre de gouverneur général à vie.

Sous le consulat (1799 – 1804)
La paix d’Amiens, qui scelle la fin de la guerre révolutionnaire française contre l’Angleterre (qui dure depuis 10 ans), est signée en 1802. La France reprend la Martinique, Sainte-Lucie et Tobago, alors que l’Angleterre garde Trinidad qu’elle occupe depuis 1797.
Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies en Mai 1802. Il réduit également les droits civils des libres de couleur.
Il envoie des expéditions afin de reprendre le contrôle des colonies : le général Leclerc, son beau-frère, commande l’exédition pour Saint-Domingue, le général Richepanse est chargé de l’expédition en Guadeloupe et le général Villaret de Joyeuse de celle de la Martinique.
En Guadeloupe : les méthodes autoritaires et répressives de Victor Hugues, et son peu d’enclin à appliquer la constitution, ont laissé la Guadeloupe dans une situation d’isolement. Victor Hugues a instauré un travail forcé dans des conditions proches de l’esclavage. Les colonies britanniques sont pillées par des corsaires. Exaspérés, les anglais imposent à la Guadeloupe un blocus. Après la destitution de Victor Hugues en 1798 par le directoire, le général Desfourneaux qui l’a remplacé n’a fait que renforcer cette politique de répression en rétablissant notamment les peines corporelles. Plusieurs nouveaux commissaires prennent le relai à partir de 1799, et ne parviennent pas à imposer l’autorité du gouvernement. Le capitaine général Lacrosse (qui avait proclamé la république en 1793) débarque à nouveau en Guadeloupe en mai 1801. Son attitude humiliante envers le peuple noir pousse ce dernier à la rébellion. Un conseil provisoire est mis en place, dirigé par Magloire Pelage, né esclave, commmandant dans l’armée française. Lacrosse, expulsé, se réfugie à la Dominique. Lorsque Richepanse arrive en Guadeloupe en mai 1802, il a pour mission de rétablir l’ancien régime colonial. Lacrosse en profite pour revenir. Les troupes noires sont désarmées et des milliers de guadeloupéens sont massacrés. Louis Delgrès, un métis nommé colonel en 1802, déserte l’armée française et prend la tête de la résistance. Après plusieurs jours de combat contre les troupes de Richepanse, Delgrès et ses 300 hommes, presque à court de munitions, sont contraints de se replier sur les hauteurs de Basse-Terre, poursuivis par les soldats de Richepanse bien plus nombreux. Respectant leur devise « vivre libre ou mourir », ils se font sauter à l’explosif. C’était le 28 mai 1802…
L’esclavage est rétabli en Guadeloupe le 17 Juillet 1802.
En Martinique :
Les anglais occupent l’île depuis 1794. Le régime d’avant 1789 y a été rétabli. Après la paix d’Amiens, Louis Thomas Villaret Joyeuse est nommé capitaine-général de la Martinique et de Sainte-Lucie. Lorsqu’il arrive en Martinique en Septembre 1802, il n’éprouve pas de difficulté particulière, l’esclavage n’ayant pas été aboli en Martinique pendant l’occupation anglaise.
A Saint-Domingue : Le général Leclerc arrive en février 1802 avec ses troupes. Les combats sont immédiats et violents. Après une défaite contre l’armée de Leclerc, Toussaint Louverture est arrêté le 7 Juin 1802 et emprisonné en France où il mourra le 7 Avril 1803 dans une prison du Doubs. La partie orientale de l’île est reprise par les français. La nouvelle du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe est arrivée à Saint-Domingue. Le commandement de la résistance est repris par Jean-Jacques Dessalines, lieutenant de Louverture. Ils se battent avec acharnement pour sauver leur liberté. L’armée de Rochambeau (qui remplace Leclerc mort en Novembre 1802 de la fièvre jaune) capitule le 19 novembre 1803. La partie orientale de l’île, sous les ordres de Jean-Louis Ferrand, résiste et refuse de capituler. Elle restera entre les mains de la France jusqu’en 1808.
Le 1er Janvier 1804, Dessalines proclame officiellement l’indépendance d’Haïti, qui reprend son nom amérindien et devient la première république noire au monde.

Quelques repères :

1783 : le traité de Versailles accorde à l’Angleterre l’île de Saint-Vincent où les Caraïbes rouges et noirs vivent en territoire neutre depuis 1660 : ils sont massacrés ou faits prisonniers.

1789 : L’abbé Grégoire devient membre de la convention.

1791 : L’abbé Grégoire devient président de la Société des Amis des Noirs.
Il ne cessera de se battre pour l’abolition de l’esclavage.

1792 : La convention adopte une loi visant à réduire le commerce des anglais, et une autre ouvrant le commerce avec les Etats-Unis.

1794 : première abolition de l’esclavage.

1795 : insurrection des royalistes : la convention est cernée. L’intervention du général Napoléon Bonaparte le rend célèbre.
Dissolution de la convention début du directoire.

1796 : la France et l’Espagne forment une alliance contre l’Angleterre.

1797 : 5000 prisonniers Garifunas de Saint-vincent sont déportés sur l’île de Roatan au Honduras.

1798 : 2ème coalition européenne contre la France

1799 : Coup d’état de Napoléon  Bonaparte qui devient 1er Consul de France.

1800 : La France reprend la Louisiane, cédée en 1762 à l’Espagne.

1802 : Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage.

1803 : Le Danemark abolit la traite.
Napoléon vend la Louisiane aux Etats-Unis.

1804 : Napoléon 1er Empereur des français.
Naissance de Victor Schoelcher.

Suite – L’empire de Napoléon