Les compagnies

On distingue 4 grandes périodes :
La compagnie de Saint-Christophe de 1626 à 1635
La compagnie des Iles d’Amérique de 1635 à 1649
Les seigneurs-propriétaires de 1649 à 1664
La compagnie des Indes Occidentales de 1664 à 1674

La compagnie de Saint-Christophe (1626-1635)
Le Cardinal de Richelieu fonde la « Compagnie de Saint-Christophe » en 1626. Il souhaite ainsi tirer profit du commerce du tabac, et mettre fin au monopole espagnol. Mais la colonisation de Saint-Christophe n’est finalement pas aussi rentable que l’espérait d’Esnambuc. Le soutien financier de la compagnie s’avère insuffisant, l’île subit une attaque des espagnols qui brulent les récoltes en 1629 et les cours du tabac commencent à chuter. Les français n’arrivent à tenir que grâce au commerce avec les hollandais à qui ils échangent du tabac contre des denrées malgré la volonté de la compagnie d’avoir le monopole commercial.
Les anglais continuent de développer leurs colonies aux Antilles en occupant la Barbade en 1627, et Nevis, Antigua et Montserrat en 1632. Entre 1627 et 1634 les Hollandais installent une petite garnison à Sain-Martin où ils exploitent les mines de sel, et occupent Bonaire et Curaçao. La Hollande possède en outre un atout majeur : sa flotte maritime.
La France, hormis Saint-Christophe, n’est présente qu’à Saint-Martin, où quelques familles cultivent le tabac depuis 1627, au Nord-Ouest d’Haïti et sur l’île proche de la Tortue, où boucaniers et flibustiers vivent en communautés depuis 1630, et à la Dominique où vivent quelques missionnaires. Il faut repartir sur de nouvelles bases.

La compagnie des Iles d’Amérique (1635-1649)
Richelieu investit à nouveau en créant à la demande de Belain d’Esnambuc la « Compagnie des Iles d’Amérique » en Février 1635.
Charles Liénart de l’Olive et Jean du Plessis, partis de Dieppe avec des engagés et des missionnaires dominicains, colonisent la guadeloupe en Juin 1635, tandis que Pierre Belain d’Esnambuc quitte Saint-Christophe pour occuper la Martinique en Septembre 1635. Les débuts de la colonisation de la Guadeloupe s’avèrent plus difficile qu’en Martinique, du fait de l’insuffisance de vivres , du manque d’expérience et de la mésentente de Lienart de l’Olive et du Plessis. Ce dernier, qui était pour une cohabitation « à l’amiable » avec le peuple Caraïbe, meurt fin 1635. Liénart de l’Olive déclare la guerre aux Caraïbes.
D’Esnambuc nomme son neveu Jacques Dyel du Parquet gouverneur de la Martinique en 1636. Après la mort de d’Esnambuc en 1637, c’est le commandeur de l’ordre de Malte Philippe Longvilliers de Poincy, qui prend le poste de Lieutenant Général des Iles d’Amérique.
De Poincy prend possession de l’île de la Tortue (qui est sous occupation espagnole mais occupée par les flibustiers) en 1641. En 1648, il signe l’accord qui partage l’île de Sain-Martin entre la France et la Hollande, et il envoie des français de Saint-Christophe occuper Saint-Barthélémy.
Depuis la Martinique, du Parquet occupe la Grenade et Sainte-Lucie.
Les anglais eux colonisent Anguilla, les Bahamas, tandis que les hollandais occupent l’île Vierge de Tortola et Saint-Eustache. Cette dernière, ainsi que Curaçao, deviennent vite prospères avec le commerce d’esclaves que les hollandais commencent à organiser. Ils vendent des esclaves aux anglais et aux français à des prix défiant toute concurrence, et auront jusqu’à la fin du siècle le monopole de la traite négrière vers les colonies espagnoles (asiento). Les hollandais, ayant préféré le commerce à l’exploitation des terres, possèdent la grande majorité des vaisseaux qui font du commerce dans les îles et y importent également les produits alimentaires nécessaires aux colonies. Le monopole espagnol dans les îles d’Amérique est devenu d’une certaine façon celui des hollandais, au détriment des français et des anglais.
Côté français, les conflits d’autorité entre de Poincy et les gouverneurs de la Martinique et de la Guadeloupe, la mort de Richelieu (dont de Poincy était le protégé) en 1642… sont autant de raisons supplémentaires qui freinent le développement des colonies. Le roi Louis XIII meurt également en 1643, et le Cardinal de Mazarin, ministre de Louis XIV qui n’a que 5 ans, ne voit pas d’intérêt au développement des colonies. La Compagnie fait faillite, et les îles sont vendues à des seigneurs entre 1649 et 1651.

Les seigneurs-propriétaires (1649-1664)
L’ordre de Malte achète en 1651 pour le compte de Longvilliers de Poincy les îles de Saint-Christophe, Saint-Barthelémy et Saint-Martin. De Poincy garde le titre de gouverneur général qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1660. L’ordre de Malte achète également Sainte-Croix, qui après avoir été occupée par les hollandais en 1625, est devenue successivement anglaise, espagnole, puis française.
Charles HOUEL, gouverneur de la Guadeloupe depuis 1643, achète avec son beau-frère BOISSERET la Guadeloupe ainsi que les Saintes, la Désirade et Marie-Galante.
Jacques DU PARQUET, neveu de d’ESNAMBUC, achète la Martinique (dont il est le gouverneur depuis 1637) ainsi que Sainte Lucie, et la Grenade.
Quelques familles se partagent le monopole du pouvoir et des affaires, ce qui entraîne jalousies et intrigues.
Afin de pallier à l’insuffisance du système des engagés, Louis XIII avait autorisé la traite en 1642.
La canne à sucre, introduite depuis 1645, remplace de plus en plus la culture du tabac. Ce phénomène ne fait qu’amplifier le besoin de main d’oeuvre.
L’extermination du peuple Caraïbe se poursuit. Les Caraïbes se retranchent dans les îles de la Dominique et Saint-Vincent, rejoints par des esclaves fuyant les plantations (nègres marrons), ce qui donne une raison de plus aux colons de traquer les Caraïbes. Ce n’est qu’en 1660 que les Caraïbes parviendront à obtenir des anglais et des français un traité leur garantissant la neutralité des îles de la Dominique et Saint-Vincent.
En 1651 les actes de navigation anglais interdisent le commerce des îles anglaises avec l’étranger. La Hollande, directement visée, proteste et la première guerre anglo-hollandaise éclate en 1652.
En 1654, les Portugais reprennent Pernambuco, province du Brésil que la Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales avait conquise en 1630.
Près de la moitié de la population blanche de Pernambuco est alors composée de Juifs réfugiés en Hollande suite à l’inquisition qui sévit au Portugal depuis 1496. Les Juifs hollandais fuient vers les Amériques, et beaucoup trouvent refuge en Guadeloupe et en Martinique. Ils trouvent également refuge à la Barbade où les anglais, qui ont besoin de leurs compétences, leur offre des facilités pour s’installer. Spécialisés au Brésil dans la production du sucre, ils apportent aux Antilles la technique du moulin à sucre et contribuent ainsi à l’expansion de l’industrie sucrière.
En 1655 les anglais s’emparent de la Jamaïque qui est occupée depuis 1509 par les espagnols et y introduisent massivement des esclaves. Ils y expatrient également les marginaux et les indésirables et la colonie devient rapidement un centre de la flibuste. Elle connaît aussi une grosse vague d’immigration irlandaise : en Angleterre, la république du Commonwealth existe depuis que le roi Charles 1er a été décapité en 1649 suite à la révolution de 1641. Le pays est dirigé par Olivier Cromwell, qui règne en despote. Il organise des expéditions punitives en Irlande où les habitants sont massacrés. Beaucoup d’irlandais fuyant sa répression se sont exilés dans les colonies d’Amérique du Nord et des Antilles entre 1649 et 1660.
Après la mort de du Parquet en 1658, les rivalités opposant les familles des seigneurs-propriétaires provoquent une situation proche de l’anarchie.
Sous le règne de Louis XIV (roi de France jusqu’en 1715)
A la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV règne en monarque absolu et souhaite privilégier le développement des colonies. Il profite des querelles qui divisent les seigneurs-propriétaires et organise avec Jean-Baptiste Colbert (alors intendant des finances) le rachat des possessions antillaises, dont Alexandre Prouville de Tracy est nommé lieutenant général. Ce dernier est chargé de rétablir l’ordre dans les colonies.

La compagnie des Indes Occidentales (1664-1674)
Colbert fonde en 1664 la Compagnie des Indes afin de récupérer le monopole du commerce. Il rattache la partie française d’Hispaniola, occupée depuis 1630 par des aventuriers français, à la compagnie. Il développe le transport maritime. Le commerce triangulaire se fait principalement au départ des ports de Nantes et de Bordeaux.
Colbert veut assurer l’exclusivité de la production des colonies aux négociants de la compagnie. C’est le pacte colonial, ou système de l’exclusif, qui sera en vigueur pendant deux siècles. Il interdit tout commerce avec les hollandais, et donc toute présence hollandaise sur les possessions françaises. Les colons, privés de leur principale source d’approvisionnement réservent un mauvais accueil à de Tracy. La situation se détériore et des révoltes éclatent.
Mais d’autres événements les détournent de ce conflit : l’Angleterre, qui souhaite écarter la menace hollandaise, déclare à nouveau la guerre à la Hollande en 1665. La France entre dans la guerre en 1666 aux côtés des hollandais. Les français remportent d’abord quelques victoires et chassent les anglais de Montserrat et Saint-Christophe, mais les anglais sortent vainqueurs et la France doit tout restituer aux anglais en 1667 lors du traité de Bréda.
Les hollandais colonisent Tobago en 1667.
Colbert décide d’établir en 1669 un gouvernement général des îles françaises d’Amérique dont la Martinique devient le chef-lieu, ce qui donne à cette dernière une place prédominante au détriment des autres îles.
Le traité de Madrid, signé en 1670 entre l’Espagne et l’Angleterre, reconnaît officiellement la Jamaïque et les îles Caïman comme possessions britanniques. Les deux pays s’engagent également à ne pas faire de commerce sur le territoire de l’autre.
En 1672, les danois colonisent les îles Vierges de Saint-John et Saint-Thomas. C’est la Compagnie Danoise de Guinée qui est chargée de les exploiter.
Cette même année, la France entre en guerre contre la Hollande et l’Espagne, cette fois-ci aux côtés de l’Angleterre.
La compagnie du Sénégal, qui a pour objectif d’avoir le monopole de la traite des noirs de l’Afrique vers les colonies françaises, est créée en 1673.
Mais Colbert a dû assouplir l’exclusif en autorisant le commerce de certains produits avec des marchants privés ou étrangers. Le transport maritime français a bien progressé, mais la contrebande toujours présente dans les îles pénalise le commerce. D’autres part les révoltes des colons contre l’exclusif entraînent de coûteuses opérations militaires. La compagnie fait faillite en 1674.

Quelques repères

Dès le début de la colonisation, des esclaves fuyant les plantations commencent à former des camps de « marrons » dans les hauteurs des îles.

1635 : les Caraïbes de Saint-Vincent recueillent des esclaves noirs : ils se mélangent et donnent naissance à des « Caraïbes noirs » (Garifunas ou Garinagu).

1635 : guerre franco-espagnole Deux dynasties s’affrontent : Bourbon et Habsbourg.

1641 : 1ère révolution anglaise.

1642 : les premiers français s’installent à Madagascar

1644 : traité d’alliance et de commerce entre la France et les Pays-Bas.

1648 : fin de la guerre de 30 ans : L’Espagne reconnait l’indépendance des Pays-Bas.
Déclin de l’Empire d’Espagne et puissance de la France.

Amsterdam est devenue très riche sur le plan culturel et intellectuel.
Elle possède des universités connues dans toute l’Europe.
Elle accueille de grands philosophes qui souhaitent s’exprimer librement, mais aussi des réfugiés politiques et religieux.

1654 : guerre anglo-espagnole: L’Angleterre vise aussi Hispaniola et Cuba mais n’obtient que la Jamaïque.

1659 : fin de la guerre franco-espagnole. La France en ressort toute puissante.
Les Bourbons dominent l’Europe.

1665 : la France colonise la Guyane et la Réunion (île Bourbon)

1667 : Colbert met en place des tarifs douaniers prohibitifs sur les produits hollandais qui arrivent sur le territoire français .

1673 : 1ère grande révolte d’esclaves en Jamaïque.

Suite – La tutelle royale