L’empire de Napoléon

Premier empire (1804 – 1815)
La trève entre la France et l’Angleterre aura été de courte durée : la paix d’Amiens a été rompue dès 1803. Napoléon 1er est à la tête d’un immense empire et domine l’Europe continentale. L’angleterre commence à organiser une troisième coalition contre lui avec la Russie, l’Autriche et la Suède, et maintient les ports français en état de blocus. Les britanniques prennent à nouveau Tobago et Sainte-Lucie, mais c’est surtout la Martinique et la Guadeloupe qu’ils visent. En Janvier 1804 les anglais occupent le rocher du Diamant et y installent des fortifications afin d’imposer le blocus économique à la Martinique. Ils en seront délogés par les français en Mai 1805.
En Septembre 1804 Dessalines proclame l’empire d’Haïti et prend le titre de l’empereur Jacques 1er. Il fait publier en mai 1805 la première constitution d’Haïti abolissant à jamais l’esclavage et proclamant que « L’Empire d’Haiti est un et indivisible ». Cette constitution sera appliquée jusqu’à l’assassinat du héros de l’indépendance d’Haïti.
A Santo Domingo les français ont rétabli l’esclavage et Jean-Louis Ferrand a autorisé la capture des haïtiens afin de fournir de la main d’oeuvre aux exploitations sucrières. Dessalines tente sans succés de reprendre la partie orientale de l’île en 1805.
Depuis la révolution haïtienne Cuba connaît un essor sans précédent, favorisé par l’arrivée des planteurs et des entrepreneurs français réfugiés d’Haïti. Amenant leur savoir-faire et leurs capitaux, ils y développent la production de sucre et de café. Cuba prend la place de « perle des Antilles » qui revenait auparavant à Saint-Domingue. Alors que les esclaves étaient au nombre de 30.000 avant 1790, plus de 700.000 y seront introduits jusqu’en 1860.
La bataille d’Austerlitz en décembre 1805 marque la fin de la troisième coalition contre Napoléon. Ce dernier bat l’empereur d’Autriche et le tsar de Russie. L’Angleterre, isolée de ses alliés, continue la guerre. Son principal atout est sa puissance maritime, impossible à battre. Napoléon en a fait les frais lors de la bataille de Trafalgar en Octobre 1805 où une grande partie de la flotte française a été détruite.
Afin de contrer l’Angleterre Napoléon organise un blocus continental, l’empêchant de faire du commerce avec les autres pays d’Europe. Ne pouvant bloquer les ports anglais, il choisit d’empêcher les produits anglais d’entrer sur les territoires français ou alliés. Cette mesure fait l’objet d’un décret officiel signé en novembre 1806 à Berlin. Pour compenser la perte de cet important partenaire économique, il ouvre le marché européen aux productions françaises. C’est le système continental, qui oblige les pays occupés par la France ou alliés à acheter des produits provenant des manufactures françaises.
Dessalines, devenu impopulaire, est assassiné le 17 Octobre 1806. Haïti est alors séparé en deux états indépendants : un au nord, avec à sa tête Henri Christophe, ancien esclave dans la colonie britannique de la Grenade et général dans l’armée de Louverture ; un autre au sud, dirigé par Alexandre Pétion, mûlatre libre opposé à Louverture.
Une quatrième colation contre l’empire de Napoléon s’est formée en octobre 1806 entre l’Angleterre, la Prusse et la Russie : malgré la victoire de Napoléon sur les russes et les prussiens, l’Angleterre refuse de céder. Napoléon entreprend alors de reconstituer la flotte française et s’engage contre l’Angleterre dans une guerre des courses. Des corsaires armés comme le célèbre Surcouf attaquent les navires de la Royal Navy.
En 1808, l’Espagne entre en guerre contre la France, alors qu’elle était son alliée depuis 1796 après la signature du traité de Bâle. Les espagnols reprennent Santo Domingo avec l’aide de Porto Rico et de l’Angleterre.
Malgré ses efforts de guerre, Napoléon ne parvient pas à protéger les colonies qui sont à nouveau attaquées par les anglais : la Martinique capitule en 1809, et la Guadeloupe en 1810.
Le blocus continental a provoqué une pénurie des produits provenant des Antilles. Le sucre commence à manquer en Europe. Le sucre de betterave, révélé par un chercheur allemand au milieu du 18ème siècle, commence à faire son apparition sur le marché. En 1811 Napoléon ordonne la mise en culture de la betterave. Elle remplacera la canne à sucre jusqu’à la chute de l’empire de Napoléon et la fin du blocus en 1814, pour ne réapparaître que dans les années 1830.
A Cuba un noir libre du nom de José Antonio Aponte, entraîne les esclaves à la révolte en 1812, et met au point un plan qui doit leur rendre la liberté. Mais le complot est déjoué et Aponte ainsi que plusieurs de ses hommes sont pendus. Les autorités espagnoles exposent leurs têtes au public. Tout nègre soupçonné de révolte est attaché à une escalera (échelle en bois) et fouetté à mort.
La guerre commerciale contre l’Angleterre n’a pas eu les effets attendus par Napoléon. L’économie de l’Angleterre, même si elle a subi des de graves crises, a résisté au blocus grâce à d’énormes réseaux de contrebande, le refus de certains pays comme la Russie ou la Suède d’appliquer le blocus, et la toute-puissance de la Royal Navy.
La sixième coalition contre napoléon intervient en 1812, avec d’abord le Royaume-Uni et la Russie, puis l’Autriche, la Suède , la Prusse, le Portugal et l’Espagne.
La bataille de Vittoria en juin 1813 voit la défaite de l’armée de Napoléon et la fin de la domination française sur l’Espagne. Mais c’est la bataille de Leipzig, en octobre 1813, qui est une défaite décisive pour Napoléon. En Avril 1814, après l’invasion de Paris par les troupes russes et prussiennes, Napoléon abdique et s’exile à l’île d’Elbe. La monarchie est restaurée. Le traité de Paris, signé en mai 1814, permert à la France de conserver ses frontières telles qu’elles étaient en 1792, et lui restitue la Martinique et la Guadeloupe. Il restitue également officiellement Santo Domingo à l’Espagne.
Mais Napoléon n’a pas dit son dernier mot : il tente de reprendre le pouvoir et rentre à Paris en mars 1815. C’est le début de la période des « cent jours ». Il fait rédiger une nouvelle constitution qui n’aura pas le temps d’être appliquée : Napoléon est victime d’une septième et dernière coalition. Après sa défaite à la bataille de Waterloo en juin 1815, il abdique à nouveau et est déporté par les britanniques sur l’île de Saint-Hélène où il mourra en 1821. Le deuxième traité de Paris, signé en novembre 1815, se montre moins clément envers la France qui perd les territoires acquis entre 1790 et 1792 et doit payer de lourdes indemnités de guerres. La France est ruinée et a subi de lourdes pertes humaines. Aux Antilles elle ne conserve que la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, comme le prévoyait le traité de 1814.
Ce sont les derniers grands échanges de territoires entre les pays d’Europe dans les colonies d’Amérique.
Pendant la période de l’Empire, les colonies françaises des Antilles ont souffert du blocus commercial mais ont réussi à tenir grâce au commerce avec les Etats-Unis, et l’activité des plantations est toujours intense. Les décrets d’abolition de la traite ne sont pas respectés et le trafic négrier se fait encore de façon clandestine. La restauration de la monarchie est pour les planteurs l’espoir d’un retour à l’ancien régime et au système de l’exclusif.

Quelques repères :

1807 : L’Angleterre et les Etats-Unis proclament l’abolition de la traite des noirs.

1809 : 5ème coalition Autriche et Royaume-Uni contre Napoléon
Napoléon 1er est excommunié par le Pape Pie VII
Divorce de Napoleon et Joséphine

1813 : La Suède abolit la traite

1814 : Traité de Paris : La France garde la Guyane et la Réunion, mais perd l’Ile Maurice et les Seychelles au profit de l’Angleterre

1814-1815 : la Hollande et la France abolissent la traite

Suite – La crise du sucre