La crise du sucre

Restauration Louis XVIII (1814-1824) et Charles X (1824 – 1830)
Avec la restauration, la Martinique et la Guadeloupe semblent retrouver l’activité de l’ancien régime et les échanges avec les grands ports français ont repris. Mais la nouvelle concurrence avec l’étranger entraîne une reprise des trafics irréguliers. Des bateaux partent de Bordaux directement vers Cuba qui pratique des prix bas sur le sucre. Les colonies ont du mal à écouler leurs stocks. Les négociants demandent un allègement de l’exclusif, et les colons français des mesures pour les protéger de cette concurrence.
Les planteurs redoutent les cyclones et les tremblements de terres qui dévastent les plantations, ainsi que le manque de main-d’oeuvre. De plus, les investissements nécessaires à la modernisation des plantations les obligent à emprunter et beaucoup se retrouvent endettés.
Le sort des esclaves est loin d’être amélioré, et les planteurs sont d’autant plus cruels que leur situation est précaire et tendue.
Pourtant, après quelques années difficiles, les exportations de sucre de la Martinique et de la Guadeloupe resteront en progression de 1820 jusqu’à la crise de l’économie sucrière. Les planteurs ont en effet fait le choix d’abondonner les plantations de café et de coton pour se concentrer sur le sucre qui implique moins de coûts de production.
Les colonies britanniques sont en pleine stagnation depuis l’abolition de la traite en 1807. De plus, depuis 1791 l’Angleterre a développé la culture de la canne à sucre dans ses colonies de l’Inde au détriment des Antilles. Enfin, de même que les colonies françaises, elles ont à subir l’exceptionnel développement de Cuba.
Malgré les décrets d’abolition l’Europe poursuit la traite, et des marchés clandestins d’esclaves apparaîssent. Cuba continue d’importer des esclaves en énormes quantités.
En 1818 le monopole de l’Espagne sur le tabac cubain est supprimé, et son commerce est ouvert avec l’étranger. A partir de 1820 Cuba va connaître l’apogée de sa prospérité. Les moulins à sucre et les plantations de tabac se multiplient. Les Etat-Unis sont de plus en plus interressés par cette île qui est en train de devenir leur principal marché international.
A la mort du roi Christophe en 1820, Haïti est réunifiée sous la présidence de Jean-Pierre Boyer. Ce dernier rattache la partie espagnole à Haïti : l’île entière est sous son contrôle en 1821.
En 1825 la France reconnait l’indépendance d’Haïti contre le versement d’une indemnité de cent cinquante millions. Boyer instaure un code rural et des mesures militaires répressives afin de favoriser la production agricole. Des groupes d’opposition commencent à se former.
En France Charles X, contrairement à son frère Louis XVIII qui a instauré la monarchie parlementaire, tente de restaurer l’ancien régime et de favoriser la noblesse. Cela provoque la révolution des « trois Glorieuses » en juillet 1830 :
le peuple parisien se soulève à nouveau, provoquant la fuite du roi.
Louis-Philippe d’Orléans est proclamé « roi des français ». C’est la fin de la souveraineté de droit divin.

La monarchie de juillet Louis-Philippe 1er (1830-1848)
Avec le nouveau roi se constitue une élite bourgeoise qui domine la politique et l’industrie française.
La France se modernise, développe son réseau de chemins de fer démarré sous Louis XVIII. De nouvelles écoles primaires sont créées, de grosses industries comme celle du textile emploient de plus en plus d’ouvriers.
Le sucre de betterave, qui a refait une timide apparition après la restauration, se développe dans les années 1830. Ce nouveau problème, ajouté à ceux de la concurrence du sucre cubain et au manque d’esclaves, provoque une chute brutale des cours du sucre vers 1839.
Un fait nouveau vient également perturber la gestion des plantations dans les colonies françaises : Le 5 janvier 1840, une ordonnance royale impose que les colonies françaises assurent l’instruction religieuse et morale des esclaves, et effectuent des visites règulières dans les habitations afin de constater leurs conditions de vie. Cette nouvelle mesure, qui est la première à s’interresser concrètement à la condition des esclaves, ne sera d’abord appliquée qu’à contre-coeur. Pire, elle provoquera chez certains colons un redoublement de coups de fouets et autres châtiments corporels.
Dans la partie orientale de l’île d’Haïti, le mouvement de la Trinitaria, créé en 1838 par Juan Pablo Duarte, a pour but de fonder une république indépendante distincte d’Haïti. Des rebellions éclatent contre le pouvoir dictatural de Boyer. Il est renversé en 1843, et remplacé par Charles Hérard qui reprend provisoirement la situation en main. Mais la Trinitaria déclenche un mouvement militaire en février 1844, et l’indépendance de la république dominicaine est proclamée.
A Cuba, l’industrie sucrière s’est modernisée, de grandes usines sont apparues et le chemin de fer s’est développé : le boom économique qu’elle connaît depuis 1820 se poursuivra jusqu’en 1886, de même que ce qui a justement permis cet essor : la traite et l’exploitation des esclaves…

Quelques repères :

1818 : en Haïti le président Pétion meurt. Jean-Pierre Boyer lui succède.

1820 : l’Espagne abolit la traite des esclaves.

1830 : début de la colonisation française en Algérie.
Victor Schoelcher commence sa lute contre l’esclavage.

1833-1838 : abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques.

Suite – Esclavage et abolition