Le gouvernement a étendu vendredi à toutes les entreprises de Guadeloupe l’accord du 26 février qui avait mis fin à la grève générale dans l’île, mais en écartant une mesure-clé qui mettait à la charge des employeurs dans trois ans la hausse de 200 euros des bas salaires.
Les pouvoirs publics ont ainsi refusé de satisfaire l’exigence - relayée par les syndicats métropolitains - du collectif guadeloupéen LKP qui a animé une grève historique de six semaines contre "la vie chère".
C’est une satisfaction en revanche pour la plupart des organisations patronales, notamment le Medef Guadeloupe, qui n’avaient pas signé l’accord et ne voulaient à aucun prix assumer la totalité de l’effort financier qu’aurait représenté la prise en charge d’une augmentation de 200 euros des petits salaires.
Néanmoins, "au terme de la période de trois ans, l’Etat maintiendra son effort pour le pouvoir d’achat des bas salaires, selon des modalités à déterminer avec les partenaires concernés", selon un communiqué officiel. Il est "prêt à prolonger" son engagement au-delà, a confirmé le secrétaire d’Etat Yves Jégo.
L’extension de l’accord permet de rendre obligatoire le versement d’un bonus exceptionnel de 50 ou 100 euros par mois, selon la taille de l’entreprise, dans toutes les entreprises du secteur marchand au bénéfice de tous les salariés payés jusqu’à 1,4 smic, ont souligné les ministères du Travail et de l’Intérieur dans un communiqué.
A ce bonus s’ajoute "un revenu supplémentaire temporaire d’activité" (RSTA) de 100 euros versé par l’Etat pour une durée de trois ans aux salariés payés jusqu’à 1,4 smic, et pour les entreprises comptant jusqu’à cent salariés, un versement de 50 euros par les collectivités locales. L’ensemble de ces mécanismes aboutit à une augmentation de 200 euros du revenu mensuel des salariés.
Environ 40.000 salariés supplémentaires sont couverts par l’accord grâce à son extension, ajoute le communiqué. FO avait indiqué dans la semaine que "162 entreprises ont déjà signé des accords d’application de l’accord Jacques Bino", du nom du compromis du 26 février, ce qui représente "plus de 47.000" employés.
Selon le gouvernement, il n’apparaissait "pas possible" de généraliser l’imputation aux entreprises de tout le surcoût salarial dans trois ans, prévue par l’article 5 de l’accord.
Outre qu’une telle mesure ne serait "pas conforme aux dispositions du code du Travail sur les négociations annuelles obligatoires" sur les salaires, "personne ne peut préjuger de la situation économique dans 3 ans", fait valoir le gouvernement.
Il n’a pas non plus étendu le préambule de l’accord qui déclarait que "la situation économique et sociale actuelle existant en Guadeloupe résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation".
Cette phrase avait suscité la colère de la présidente du Medef Laurence Parisot, indignée de voir l’économie contemporaine guadeloupéenne comparée à "une économie d’esclavage".
Dans la cour de l’Elysée, au sortir d’une réunion avec le président Sarkozy consacrée à un tout autre sujet, les leaders syndicaux se sont gardés de pousser des hauts cris contre l’extension limitée de l’accord, le secrétaire général de la CFDT François Chérèque parlant d’"une erreur" du gouvernement.
Mais ils ont imputé par avance au gouvernement tout regain de tension en Guadeloupe. "Il en portera la responsabilité, y compris s’il y a des nouveaux mouvements sociaux" là-bas, a prévenu Jean-Claude Mailly, dont le syndicat FO avait formulé la demande d’extension de l’accord. |