Musique Caraïbes zydeco

On ne peut parler de la musique de la Caraïbe sans évoquer la Louisiane, et en particulier la Nouvelle-Orléans. Berceau du gospel, du blues, du rythm’and blues et du jazz, de célèbres musiciens Noirs en sont issus : Sydney Bechet, Louis Armstrong, Mahalia Jackson, Fats Domino,…. Mais la Louisiane abrite aussi des musiques moins connues, issues des métissages culturels liés à son histoire…

Un peu d’histoire…

Etat du Sud des Etats-Unis, la Louisiane fait partie de l’espace Caraïbe continental. D’abord occupée par les populations amérindiennes, les français y ont fondé une colonie en 1682, et des esclaves d’Afrique ont été introduits dès le début du 18ème siècle. La Nouvelle-Orléans, fondée en 1718, abritait alors une population cosmopolite où les Blancs parlaient le français et les Noirs un créole à base lexicale française.

Par la suite plusieurs vagues d’immigration française ont eu lieu en Louisiane :

La France cède la Lousiane à l’espagne en 1762, puis la récupère en 1800. Pendant cette période environ 3000 français d’Acadie, chassés depuis 1755 de la colonie devenue anglaise, se sont réfugiés en Louisiane. Les Acadiens se sont installés à la Nouvelle-Orléans, le long du bayou (étendue d’eau stagnante qui s’étend sur tout le sud de l’état).
Le terme « acadiens », prononcé « cadjins » par les anglophones, a été transformé en « cajuns ». Il s’oppose au terme « créole » qui désignait les descendants des premiers colons (créoles blancs) et les descendants des esclaves (créole noirs). Aujourd’hui le mot « créole » s’applique aux Noirs.

La révolution française et la révolution haïtienne provoquent une autre vague d’immigration française, avec les colons blancs royalistes et les colons blancs créoles de Saint-Domingue qui fuient l’insurrection des esclaves.

Après l’indépendance de Saint-Domingue (devenue la république d’Haïti en 1804), la population de la Nouvelle-Orléans double avec l’arrivée de plus de 10.000 riches colons créoles.

En 1808/1809, pendant la guerre franco-espagnole, les colons français installés à Cuba sont chassés de la colonie espagnole, et se réfugient à la Nouvelle-Orléans.

A cette époque, les langues parlées restent en grande majorité francophones, même si la Louisiane est devenue américaine ( Napoléon l’avait vendue aux Etats-Unis pour 15 millions de dollars en 1803).
La Louisiane, restée résolument esclavagiste, fait sécession des Etats-Unis en 1861 et devient la république de Louisiane. Elle sera battue par les Yankees en 1865. C’est la fin des riches planteurs créoles blancs et de leurs immenses domaines coloniaux.
Pendant longtemps les textes constitutionnels louisianais ont été écrits en français. Ce n’est qu’avec la constitution de 1864 que l’anglais est devenu la seule langue officielle…. Et celle de 1868 a interdit l’usage de toute autre langue que l’anglais. Mais grâce au combat de quelques défenseurs de la langue française, (citons notamment James Domengeaux qui entreprit en 1968 de développer l’enseignement du français en Louisiane), les francophones n’ont jamais complètement disparus.
Aujourd’hui le français de Louisiane (qui se rapproche du français du 18ème siècle auquel se sont rajoutés des mots anglais, espagnols, africains et amérindiens), est encore parlé par une petite partie de la population (environ 5 %) concentrée dans le « pays des bayous », appelé l’Acadiana. Cette partie de la Louisiane a été officiellement reconnue comme région francophone en 1971.

Le zydeco

Les acadiens (« cajuns »), qui étaient des paysans principalement originaires de la région Poitou-Charentes, ont amenés en Louisiane leurs chants traditionnels (berceuses, hymnes religieux, chansons festives), auxquels se sont ajoutés plus tard des instruments tels que le violon, puis l’accordéon, l’harmonica, le triangle… Dans les années 1920, les cajuns jouaient et dansaient dans des bals appelés « fais dodo », en référence aux femmes qui endormaient leurs enfants dans la pièce voisine avant d’aller danser.
Les Noirs pratiquaient les « jurés », forme de chansons a capella en créole francophone accompagnées de battements des mains et des pieds. Au début du 20ème siècle les jurés se sont enrichis des instruments et des notes de musique cajun, et de la fameuse « planche à laver », ustensile ménager détourné en instrument de musique. Ils animent les bal, les « fais-dodo » et les « pic-nic » : toutes ces réunions sont appelées « la-la », terme qui a donné son nom à la musique « la-la ».

Dans les années 1940, alors que les Blancs (cajuns) s’inspirent de la musique country, les Noirs (créoles) ajoutent à la musique la-la des notes de blues et de jazz en reprenant de vieilles chansons.
La chanson « Les Haricots sont pas salés » (en référence aux périodes de vaches maigres pendant lesquelles on cuisinait les haricots sans viande salée), reprise par le « roi du zydeco » Clifton Chenier, a donné son nom à ce nouveau style musical : haricots, prononcé Zaricos, a été transformé en Zydeco avec la prononciation anglaise.

Clifton Chenier (1925-1987), accompagné de son accordéon, a popularisé un zydeco fortement influencé par le blues. Il se produisait sur scène avec son frère Cleveland Chennier qui excellait à la « planche à laver » (washboard). Ils ont fait évoluer cet instrument qui est par la suite devenu le frottoir (rubboard). L’accordéon et le frottoir sont les instruments incontournables du zydeco.
Boozoo Chavis (1930-2001), surnommé le « cow-boy créole », s’est davantage inspiré des musiques la-la et cajun. Il est aussi l’un des grands pionniers du zydeco.

On trouve par la suite dans le zydeco d’autres influences musicales, comme par exemple la soul (Buckwheat Zydeco,1947), le funk (Beau Jocque, 1953-1999), donnant naissance au « nouveau zydeco » mis à l’honneur par C.J. Chenier (le fils), Geno Delafose, Keith Frank, Chubby Carrier…
Le zydeco est aujourd’hui encore en pleine évolution, de jeunes musiciens comme Chris Ardoin y ayant ajouté les influences du hip-hop, du rap, du reggae,… Beaucoup de groupes sont aujourd’hui issus de la ville de Houston au Texas, et composent exclusivement en anglais.

 

Source vidéo : https://www.youtube.com