Depuis quelques temps, l’idée de pousser les artistes martiniquais et guadeloupéens à une cotation pour avoir une valeur artificielle, pour entrer sur le marché européen et américain est une idée absurde, car le travail en profondeur au niveau de l’art et de la critique de l’art contemporain aux Antilles n’est pas fait.
Comment peut-on parler de cotation de l’art contemporain aux Antilles si l’artiste aux Antilles n’est pas reconnu comme tel ... Alors il y a des propositions qui me semblent dangereuses car l’art Caraïbes est couvert par des chapes de béton de l’art européen et américain.
A ma foi, nous n’avons aucune chance d’entrer sur ce marché là, en tant qu'Art Contemporain de la Caraïbe, car nos codes sont indéchiffrables pour ce monde international d’Art Contemporain, spécifiquement européen et américain car pour faire la cotation de leurs artistes, les conservateurs, critiques, collectionneurs qui forment une forteresse autour d'une forme de colonisation culturelle ont mis en place toute une réflexion autour des musées de l’histoire de l’art, de marketing culturel qui permet d’appuyer le pourquoi des ventes aux enchères et de créer une cotation pour leurs propres artistes dits internationaux.
Nous savons bien qu'un maximum de ventes faites à travers le monde sont dopées et spéculatives, et beaucoup de livres de cotation demandent aux artistes de payer leurs pages pour avoir une image qui repésente une oeuvre dite cotée....
Dans un lieu comme la Martinique où il n'y a pas de galerie d’art, pas de critique d’art, très peu de collectionneurs, pas beaucoup d’artistes professionnels, une histoire de l’art qui est en train de se codifier, je ne vois pas comment on peut mettre une cotation simulable à celle qui se pratique dans les ventes actuellement.
Une fois de plus les artistes seront exploités quand ils ont besoin de se faire connaître et se désenclaver du lieu (Martinique Guadeloupe Guyane).
Pour réaliser un tel projet nous devrons former et avoir une réflexion profonde sur notre histoire de l’art d’ici. En plus de sa fonction le Commissaire Priseur devrait avoir des éléments de nos références culturelles et historiques du travail artistique réalisé malgré les interdits et les discriminations du passé..... leur apporter des éléments qui leur donneront une base pour réaliser une étude cotation dans le cadre de cet espace Caraïbes, en mettant sur la même échelle de valeur nos artistes disparus.
Car n’oublions pas que nous n'avons environ qu'une soixantaine d’années d’histoire de l’art et les manques de curiosités de nos politiques culturelles nationales, la main mise sur le savoir culturel européen (français) et discriminatoire et le regard de ce monde qui parle de l'art ne connaissent pas nos régions et nos spécificités.
Depuis des années nous sommes en lutte pour avoir un petit regard sur la place de Paris, dans leurs capacités de ne pas comprendre ces travaux qui ne viennnent pas de leurs espaces de connaissances nous ferment toutes les portes de leurs institutions, car le colonisateur n'aime pas apprendre du colonisé......
C’est pour cela que je ne participe pas à cette mascarade de vente aux enchères qui se passera le 9 décembre 2008. C'est une autre façon d'exploiter les artistes à la recherche d'une certaine forme de reconnaissance. Car avant tout l’artiste se trouve une fois de plus devant les faiblesses de son ego.
Une vente soit disant qui donnerait une cotation aux participants ... Mais de qui se moque-t-on ? Déja notre société est malade et la seule qu'il nous reste à partager avec la population ce sont toute nos revendications culturelles, esthétiques et plastiques. On ne peut pas se vendre n'importe comment....
A ces "artistes qui sont à la recherche de la gloire et cotation" sachez que c’est le travail de la recherche qui donne une crédibilité esthétique, culturelle et financière, on n’a pas besoin de se faire codifier par des personnes qui ne sont là que pour le lucratif et pas la connaissance. N'oubliez pas vous perdez cinquante pour cent de votre travail pour des gens qui ne sont là que pour vous exploiter....
Une fois de plus, je vous averti que nous sommes une force. Pour une poignée de pain, ne vendez pas la créativité martiniquaise, ne reproduisons pas les erreurs du passé....
Grâce à la formation que nous porterons aux futurs galeristes, commerciaux, critiques, porteurs de projets et aussi une bonne formation aux politiques, une bonne politique culturelle devrait se mettre en place pour créer des institutions pour faire connaître l’Art Contemporain à la Martinique ; car une bonne réflexion peut faire booster économiquement la Martinique à travers des projets culturel rentables.
HabdaphaÏ
13 Août 2008