Qu'une tempête ne décline que le roc ne titube
pour celui poitrail qui fut sûr
dont le clairon de feu dans l'ombre et le hasard
rustique ne décrut
O peuple guetté du plus haut mirador
et défiant du bâton des aveugles
le nom natal de l'injustice énorme (...)
(...)Vois dans la forêt sans sommeil
les amis ont poussé patients
tu plissais les paupières tu les plisses aujourd'hui
tu ne parlais guère tu ne parles guère moins maintenant
tu te contentais de sourire de même tu souris encore
très doux
d'un sourire né fort des confuses javelles de la terre et
de la mer parentes
de quels salaires viens-tu encore de discuter
sur ton sein noir et calme
viens-tu encore de réchauffer suprêmes
comme un noeud sacré de couleuvres engourdies
les colères d'hivernage et le coutelas des grèves
et dans quelle fraîcheur osas-tu retremper ton sourire de rosée
comment dans la grande débâcle as-tu mis à l'abri
rusé
ta grande force secrète
ton dur front paysan
les eaux calmes prisonnières du mi-rire de tes yeux
un doute est mien qui tremble
d'entendre dans la jungle des fleurs
un rêve se frayer
Maître marronneur des clartés
aurons-nous la force de hisser ce printemps
jusqu'eu sein où attendent dormants les climats
féconds nos membres purs
nos ciels impatients
alizés ou autans
réveillez-nous nos races mortes (...)
(...) toi le refus de la sombre défaite
Chef dur soutien des cases
dieu des dégras arbre à pain des coursières
en fougère imputrescible je t'ai taillé
à révérer sylvestre
quand mai dore en chabin la grosse tête crépue
de ses manguiers les plus rares (...)
A la Mémoire d'un syndicaliste Noir
Ferrements, 1960 |